Flat tax PFU en France : comment se décomposent réellement les 30 %
L'imposition par défaut des revenus du capital hors enveloppes fiscales : 30 % sur dividendes, intérêts et plus-values. Ce qu'elle couvre, ce qu'elle évite, et quand l'option au barème devient plus intéressante.
La plupart des investissements détenus hors enveloppe fiscale en France sont soumis par défaut à un seul régime : 30 %. Pas 30 % de vos revenus globaux — 30 % spécifiquement de vos plus-values, dividendes et intérêts imposables, à un taux fixe, indépendamment de votre tranche d'imposition. C'est le PFU, le Prélèvement Forfaitaire Unique, introduit en 2018 et surnommé « flat tax ».
Ça paraît simple : un taux, un calcul, pas de surprise. Et ça l'est, en grande partie. Mais ce « 30 % » cache deux couches distinctes qui ne se comportent pas pareil — et l'une des deux subsiste même quand vous croyez avoir échappé à l'impôt grâce à une enveloppe fiscale. Cet article détaille ce qu'est vraiment le PFU, quand il s'applique, quand l'option alternative est intéressante, et ce qu'il faut concrètement faire de ces informations.
Cet article est à but informatif et pédagogique. Patrice est un outil de suivi patrimonial et d'aide à la décision, pas un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) ni un conseiller en investissement. Les règles fiscales françaises présentées reflètent le droit en vigueur en juin 2026 et peuvent évoluer à chaque loi de finances. Pour toute décision propre à votre situation, consultez un CGP agréé ou un expert-comptable.
Le PFU en 90 secondes
Le PFU est le régime par défaut pour les revenus du capital — les revenus que produit l'argent investi — des résidents fiscaux français. Depuis 2018, il remplace un enchevêtrement d'anciennes règles qui variaient selon le type de revenu, la durée de détention et la situation du foyer. Un taux par défaut, une décision annuelle, un cadre commun.
Ce qu'il couvre
Le PFU s'applique :
- Aux intérêts sur livrets bancaires imposables (la plupart des comptes bancaires, certains dépôts à terme)
- Aux dividendes d'actions détenues hors enveloppe fiscale
- Aux plus-values lors de la vente d'actions, d'obligations, d'ETF ou d'autres actifs cotés hors enveloppe fiscale
- À la plupart des plus-values en crypto-actifs lors d'une cession en euros
- À la part de plus-value des contrats d'assurance-vie de moins de 8 ans (avec des nuances)
En résumé : si vous détenez des investissements sur un compte-titres ordinaire (CTO) en France et que vous vendez avec une plus-value ou recevez un dividende, vous êtes soumis au PFU par défaut.
Ce qu'il ne couvre pas
Quelques grandes exceptions, principalement les fameuses enveloppes fiscales :
- Le PEA après 5 ans : seuls les 17,2 % de prélèvements sociaux s'appliquent, plus d'impôt sur le revenu (voir Fiscalité du PEA après 5 ans)
- L'assurance-vie après 8 ans : un régime spécifique plus favorable s'applique à la part de plus-value (voir Assurance-vie)
- Les livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP) : intégralement exonérés — ni impôt sur le revenu, ni prélèvements sociaux
- Salaires, revenus d'activité, revenus fonciers : régis par des règles entièrement différentes (le barème progressif de l'impôt sur le revenu)
Le PFU concerne les revenus du capital perçus en dehors des enveloppes protégées. Tout le reste a ses propres règles.
Anatomie des 30 %
Les 30 % sont deux chiffres distincts empilés. Savoir lequel est lequel compte au moment de comparer des investissements ou de planifier un retrait.
12,8 % d'impôt sur le revenu
La part « impôt » du PFU s'élève à 12,8 % de votre plus-value — un taux forfaitaire, pas un taux marginal. C'est cette partie que le PFU a réellement simplifiée. Avant 2018, vos revenus du capital s'ajoutaient à votre salaire et étaient imposés à votre taux marginal d'imposition (TMI) — qui peut atteindre 41 % ou 45 % pour les hauts revenus. Punitif, et un frein à l'investissement.
Les 12,8 % ont été fixés comme un compromis forfaitaire : assez bas pour encourager l'investissement, assez haut pour préserver les recettes fiscales. Économiquement proche du modèle de « retenue à la source » européen.
17,2 % de prélèvements sociaux
L'autre partie — les 17,2 % de prélèvements sociaux — est structurellement différente. Ce n'est pas de l'impôt sur le revenu. C'est la pile de cotisations sociales (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité) qui s'applique à presque toutes les formes de revenus du capital en France, y compris à l'intérieur du PEA après 5 ans (voir Fiscalité du PEA après 5 ans pour le détail des trois composantes).
Cette partie ne bouge pas avec le PFU. Elle existait avant, elle existe maintenant, et elle s'appliquerait toujours si vous choisissiez l'option alternative au barème. Les 17,2 % suivent votre argent presque partout où il va.
Pourquoi deux couches empilées
La structure n'est pas arbitraire. L'impôt sur le revenu alimente le budget général ; les prélèvements sociaux financent la sécurité sociale et les programmes associés. Bases juridiques différentes, circuits administratifs différents, contraintes politiques différentes. Baisser l'impôt sur le revenu est plus facile politiquement que baisser les prélèvements sociaux — couper le financement de la santé n'est jamais une mesure populaire.
Quand vous voyez 30 % sur votre relevé fiscal, vous voyez 12,8 + 17,2 — la même plus-value frappée par deux régimes administratifs distincts. Le calcul est simple ; l'architecture l'est moins.
L'option globale au barème
Le PFU est la valeur par défaut, mais pas la seule possibilité. Chaque année à la déclaration, vous pouvez opter pour le barème progressif — imposer vos revenus du capital à votre tranche marginale au lieu des 12,8 % forfaitaires.
Comment fonctionne l'option
À la déclaration d'impôts (généralement avril-mai pour l'année précédente), une case dans la déclaration : « J'opte pour l'imposition au barème progressif sur l'ensemble de mes revenus du capital. » Cochez-la, et vos dividendes, plus-values et intérêts s'ajoutent à votre salaire et sont imposés à votre TMI. Les 17,2 % de prélèvements sociaux continuent à s'appliquer séparément par-dessus.
C'est une décision unique pour l'année, qui s'applique à tous vos revenus du capital — chaque dividende, chaque plus-value, chaque intérêt. Vous ne pouvez pas choisir au cas par cas.
Quand c'est intéressant
Le calcul devient favorable quand votre TMI est inférieur à 12,8 %. En pratique, cela veut dire :
- Vous êtes dans la tranche à 0 % (revenus très faibles — étudiants, certains retraités, années sabbatiques)
- Vous êtes dans la tranche à 11 % avec des dividendes importants (grâce à l'abattement de 40 % sur dividendes, disponible uniquement sous l'option au barème — voir conseils ci-dessous)
Pour quiconque se trouve dans la tranche à 30 % ou au-dessus, les 12,8 % du PFU sont presque mécaniquement plus intéressants. N'optez pas pour le barème par défaut — c'est un outil pour des situations spécifiques, pas une optimisation générale.
Une décision tout-ou-rien
La décision est annuelle et globale. Vous ne pouvez pas appliquer le PFU à certains revenus et le barème à d'autres la même année. Faites le calcul sur l'année entière avant de cocher la case.
Les 17,2 % de prélèvements sociaux s'appliquent dans les deux cas. L'option au barème ne modifie que la partie impôt sur le revenu (12,8 % → votre TMI).
Un exemple chiffré — CTO vs. PEA sur 25 ans
Pour ancrer les chiffres, voici la même comparaison que dans l'article 1, racontée cette fois depuis le côté PFU.
Vous investissez 300 €/mois pendant 25 ans. Rendement brut moyen : 7 %/an. Au bout de 25 ans, votre solde final atteint environ 240 000 €, dont 150 000 € de plus-values (vos versements cumulés totalisent 90 000 €).
Sur un compte-titres ordinaire (CTO) : Chaque année, vous rééquilibrez et déclenchez des plus-values réalisées. Sur 25 ans, ces arbitrages traversent progressivement la totalité des 150 000 € de plus-values, chacune imposée à 30 % de PFU.
Impôt cumulé : environ 45 000 €.
Sur un PEA, retrait après 25 ans : L'enveloppe diffère l'imposition jusqu'au retrait. Vous vendez la totalité à 25 ans pour 240 000 €. Imposition sur les 150 000 € de plus-values : 17,2 % de prélèvements sociaux uniquement — pas d'impôt sur le revenu.
Impôt : 25 800 €.
Le « coût » du PFU : La différence de 19 200 € est le prix payé pour l'usage d'un compte-titres ordinaire au lieu de l'enveloppe PEA. Ce n'est pas une pénalité — c'est le coût de la flexibilité (le CTO accepte plus de classes d'actifs, plus de géographies, plus de stratégies que le PEA limité aux actions européennes). Mais c'est un coût bien réel, qui mérite d'être connu.
Exemple à but illustratif uniquement. Les rendements réels varient, la fiscalité peut évoluer, les situations individuelles diffèrent.
Conseils pratiques
Les habitudes qui rapportent plus que le taux lui-même.
Suivez vos revenus du capital par catégorie
Les revenus du capital ont des sous-catégories : dividendes, intérêts, plus-values. Certains sont imposés différemment, certains bénéficient d'abattements sous l'option au barème, certains ont leurs propres régimes spéciaux (actions salariales, certaines obligations). Si vous détenez un CTO sérieux avec plusieurs types d'actifs, savoir ce qui a produit chaque revenu compte au moment de la déclaration.
Reportez vos moins-values — la règle des 10 ans
Quand vous vendez à perte sur un CTO, cette moins-value peut être imputée sur des plus-values — la même année, et pendant les 10 années suivantes. C'est l'un des mécanismes les plus sous-utilisés en gestion de patrimoine en France. Si 2026 a été une mauvaise année et que vous avez réalisé des moins-values, elles peuvent absorber des plus-values jusqu'en 2036.
Le mécanisme nécessite de déclarer la moins-value sur la déclaration de l'année où elle a lieu — même si vous n'avez aucune plus-value à compenser cette année-là. C'est cette déclaration qui réserve le droit d'utiliser la moins-value plus tard.
Calez les retraits sur votre tranche d'imposition
Les années à revenus faibles (sabbatique, transition vers la retraite, congé parental, entre deux emplois) peuvent être le bon moment pour opter au barème et récolter quelques plus-values à un taux effectif plus bas. Le PFU est l'option par défaut pour une raison, mais l'option progressive existe précisément pour ces moments.
N'oubliez pas les 17,2 % en calculant le rendement réel
Une action qui verse 4 % de dividendes a un rendement brut de 4 %. Net de PFU, c'est 2,8 % (4 % × 70 %). Net d'inflation, selon l'année, ça peut être proche de zéro voire négatif. Les comparaisons de rendement honnêtes partent du net, pas du brut — entre classes d'actifs, et entre pays.
L'abattement de 40 % sur dividendes
Si vous optez pour le barème progressif, vos dividendes bénéficient d'un abattement de 40 % : seuls 60 % du montant des dividendes entrent dans le calcul de l'impôt. Cet abattement a été préservé précisément parce que les dividendes sont versés à partir de bénéfices d'entreprise déjà imposés, et la double imposition complète a semblé excessive. Il n'est disponible que sous l'option au barème, pas sous le PFU. Pour des retraités avec un patrimoine de dividendes important et des revenus modestes par ailleurs, ça peut faire basculer le calcul vers le barème.
Le PFU dans la vision d'ensemble de votre patrimoine
Le PFU est le régime qui s'applique silencieusement à tout ce que vous détenez hors enveloppe — votre CTO, vos dividendes, vos revenus d'obligations, vos crypto-actifs. Savoir quelle est votre exposition au PFU vous aide à décider si déplacer des actifs dans une enveloppe vaut le coup, si récolter des moins-values fait sens, ou si le coût de la flexibilité du CTO est justifié par ce que vous faites réellement dedans.
Pour le contraste — comment le PEA échappe à la moitié « impôt sur le revenu » du PFU après 5 ans — voir Fiscalité du PEA après 5 ans. Pour la cartographie complète de la fiscalité de chaque type d'actif en France, voir Fiscalité du patrimoine en France. Pour l'autre grande enveloppe française, voir L'assurance-vie. Et pour suivre tout cela au même endroit, une vue patrimoniale consolidée fait la différence entre estimer votre exposition fiscale et la connaître.
Questions fréquentes
Le PFU est-il obligatoire ? Non — c'est le régime par défaut. Vous pouvez opter chaque année pour le barème progressif au moment de la déclaration. L'option s'applique alors à tous vos revenus du capital de l'année, pas à une sélection.
Le PFU s'applique-t-il aux crypto-actifs ? Oui. Les plus-values crypto réalisées (quand vous vendez en euros) sont soumises au PFU à 30 %. Les 17,2 % de prélèvements sociaux sont inclus. Les échanges crypto-to-crypto ne constituent pas, à ce jour, un fait générateur d'impôt en France ; en revanche, vendre en euros — ou acheter des biens réels — déclenche l'imposition.
Puis-je alterner entre PFU et barème chaque année ? Oui — la décision est annuelle. PFU une année, barème la suivante, PFU encore l'année d'après — selon ce qui vous est favorable au cas par cas.
Et pour les non-résidents ? Le PFU s'applique aux revenus du capital de source française pour les non-résidents, mais le taux et la composante « prélèvements sociaux » dépendent de la convention fiscale entre la France et votre pays de résidence. Certaines conventions réduisent la part impôt sur le revenu à zéro ; d'autres ne changent rien. C'est un cas où le conseil individuel s'amortit rapidement.
Le PFU s'applique-t-il à mon plan d'actionnariat salarié ? En partie. Les RSU (actions gratuites) et les stock-options suivent des régimes spécifiques qui diffèrent du PFU sur la part de gain d'acquisition. Une fois les actions entre vos mains et au moment où vous les vendez, la plus-value à la cession entre dans le champ du PFU. Le PEA-PME (variante du PEA pour les petites et moyennes entreprises européennes) est une enveloppe associée qui peut s'appliquer selon l'employeur. Lire attentivement la note fiscale de votre plan une fois à l'attribution évite bien des maux de tête plus tard.
Pour finir
Le PFU a considérablement simplifié le paysage fiscal des revenus du capital en France depuis 2018. Un taux par défaut, une décision annuelle, un cadre commun pour la plupart des types de revenus en dehors des enveloppes. Le revers, c'est que « 30 % » masque la structure en couches de la fiscalité française — et passer à côté de cette structure, c'est passer à côté de vraies opportunités.
Les plus grandes erreurs ne viennent pas de choisir le PFU plutôt que le barème (ou l'inverse). Elles viennent d'oublier de reporter ses moins-values, de ne pas savoir que les 17,2 % suivent jusque dans le PEA, et de ne pas remarquer que l'abattement sur dividendes n'existe qu'en dehors du PFU.
Les 30 % sont bien réels, mais c'est la partie visible d'une architecture plus nuancée. Connaître l'architecture permet de prendre, jour après jour, des décisions plus petites mais meilleures.
Rappel : cet article est à but informatif et ne constitue ni un conseil en investissement ni un conseil fiscal. Pour votre situation propre, un CGP ou un expert-comptable est l'interlocuteur indiqué.